S2E01 “Le bien, le mal, le beau, le moche et le Bidouille It Together (BIT)” #DIY

ou mon “Top 5 des choses auxquelles j’essaye de faire gaffe pour ne pas dénaturer l’esprit du Do It Yourself  ”

Trop tardivement amoureux de feu le rappel à tarte du Labomédia (que l’ami Lionel du THSF m’avait invité sans trop de fatigue à découvrir), j’y ai retrouvé dans son récent “putch” plusieurs allusions directes et justifiées au dévoiement de nombreuses pratiques issues des hackerspaces et me renvoyant à mes propres pratiques.

Philosophie née du punk, le “Do It Yourself” (DIY) et homologue du “Do It With Other”  (DIWO) prônent initialement une culture de la débouillardise, de l’autogestion, un refus du consumérisme culturel, une organisation et un fonctionnement non subventionnés, une préférence aux lieux alternatifs et une abolition des frontières entre organisateurs-trices/public, etc…

Les valeurs que ce mouvement défend font donc largement, bien que partiellement, écho aux réflexions et pratiques en vigueur dans de nombreux établissements culturels, acteurs ou non de l’éducation populaire.

Ainsi, comme les musiques actuelles et la culture électronique en leur temps, les pratiques du DIY s’institutionnalisent au travers notamment du mouvement des Fab Lab et des financements publics associés. Si enthousiasme et effervescence sont de mise, tant ces pratiques apportent des réponses au enjeux et nécessités de changement qui traversent nos milieux professionnels (et plus largement la société), il convient de rester vigilant concernant certains aspects qui fondent cette dynamique. Le risque serait d’une part de voir s’éloigner de nos établissements les communautés qui supportent cette identité – elles refuseraient légitimement de s’associer à des opérations instrumentalisant leurs pratiques en les dévoyant de leur fondement premier – d’autre part de déprécier sa pertinence et sa richesse auprès d’une population plus large que sont nos publics pluriels.

Reste qu’à la différence du mouvement des Fab Lab, le DIY ne propose pas de “charte” officielle de bonne conduite et que la recherche permanente de nouvelles pratiques, qui fonde certains établissements dédiés à la médiation culturelle, les invite pourtant à se saisir de cette identité DIY.

À défaut de nouvelle déontologie partagée pour ces pratiques émergentes, voici mon Top 5 des éléments de vigilance pour ne pas dénaturer l’esprit  “Bidouille It Togeteher” (BIT) dès lors que je mets en place des démarches Living Lab ou impliquant un Fab Lab.

“Je suis sûr que si on gérait tout ce bordel on y gagnerait tous et nous les premiers”
1/  Le syndrôme de la plateforme.

Le syndrôme de la plateforme est comme un prolongement du “syndrôme de l’annuaire” de la fin des années 90. Elle traduit la volonté de certain à y voir plus clair, à mettre de l’ordre dans un environnement auquel il croit, participe et soutienne.
Certes.
La démultiplication des projets de plateformes dans le domaine du numérique reste surtout un indicateur de la volonté de certains de s’approprier et revendiquer une identité, de produire de la valeur en valorisant les productions et le savoir faire d’un réseau ou d’une communauté. La création de plateformes doit donc se penser en co-production ou en dialogue étroit avec les parties prenantes du sujet que l’on souhaite structurer. Enfin, la production de valeur qui en est tirée se doit d’être rétribuée aussi largement que possible aux contributeurs de cette plateforme. Le caractère gratuit et déployable en open source de ces plateformes me semblent être des bons moyens de lever les critique et les problèmes déontologiques.

“J’ai exactement le truc qu’il vous faut”
2/ Push techno

Au même titre que les artistes, les communautés de makers, hackers et autres communautés de codeurs bidouilleurs sont devenus les meilleurs moyens de présenter sa technologie ou ses innovations en renouvelant l’image de sa structure. Perçues comme une nouvelle façon de faire parler de soi à pas cher en faisant travailler des jeunes gratuitement, les démarches participatives en “athon” (hackathon, makeathon, bidouillathon…) sont devenues des instruments de marketing promotionnel direct. Et dans ce cas, autant faire un bon vieux sponsoring sinon on tombe dans le hackathon bullshit.
Néanmoins, plutôt que de rejeter ces partenaires privés, il vaut mieux chercher à réunir des technologies équivalentes – dès lors que ce ne sont pas des communiquants mais bien des experts de la techno qui participent – et s’assurer qu’une version “open source” de la techno n’existe pas. Cet équilibre des “techno en présence » (équivalent de l’équilibre des thèses en présence dans le domaine scientifique) a le mérite de ne pas exclure des représentants légitimes de la société des manifestations visant à faire oeuvre de médiation.

“En voilà une idée qu’elle est bonne”
3/ La Créa pour la créa

L’explosion des pratiques créatives dans l’action culturelle et d’innovation ont fait du post-it le symbole omniprésent de toutes les listes de consommable pour atelier d’animation (et de bandeau d’article de blog). La créativité est devenue la nouvelle injonction à la mode après l’innovation. À défaut d’être créatif pour imaginer des formules de rencontre et de dialogue, on reporte cette forme d’impuissance à “imaginer et créer” sur les publics. L’atelier créa devient purement occupationnel, la réponse clé en main à des questions qu’on ne se pose même pas, la voie la plus rapide pour prétexter à l’innovation et se réclamer soi-même créatif.
À minima, chaque atelier de cette nature doit faire l’objet d’un questionnement affiché auprès des participants, d’une restitution et diffusions publiques et la mention de l’ensemble des participants

“Vous avez des crêpes, vous avez du sucre, bah vous faites des crêpes au sucre”
4/ Faire pour faire

Équivalent de “la créa pour la créa” mais en version Fab Lab, le faire pour faire s’incarne dans l’atelier “goodies” mal fichu ou de la coque pour smartphone, parce que l’on a une imprimante 3D et qu’il faut bien s’en servir.
Ou comment transformer un objet critique de la société de consommation en un un outil au service de la consommation la plus crétine (la première fois que je me suis servi d’une ultimaker, c’était pour me faire un anneau de green lantern, je sais de quoi je parle !).

“ C’est celui qui dit qui y est”
5/ Déni d’instrumentalisation

Je peux d’autant mieux citer ces exemples que j’y ai participé ou y participe encore. Finalement, le moins honnête pour nombre d’acteurs et d’institutions culturelles serait de nier que nous nous emparons de pratiques et de méthodes qui n’ont pas été conçues ou imaginées pour nos métiers, que nous les testons, les explorons et que que nous les détournons de leur usage premier. Certains appellent cela de l’instrumentalisation.
Et pourtant, détourner un objet de sa fonction première, c’est la définition du hacking.
L’évolution de ces pratiques est un de leurs objectifs : élargir au plus grand nombre des principes de co-création, de co-gestion, de co-production de valeurs autre qu’économique tout en questionnant les schémas traditionnels de consommation et de rapport à autrui. 

Du Bidouille it Together en quelque sorte.

3Dprint

6 réflexions sur “S2E01 “Le bien, le mal, le beau, le moche et le Bidouille It Together (BIT)” #DIY

  1. Bonjour François,

    je cite « Reste qu’à la différence du mouvement des Fab Lab, le DIY ne propose pas de “charte” officielle de bonne conduite » et me permet de porter à ta connaissance les « design-pattern » élaborés au fil des années dans les hackerspaces.
    https://wiki.hackerspaces.org/Design_Patterns
    En français, il semblerait que ça se traduise par « patron de conception » ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Patron_de_conception ) « (…) Les patrons (de conception) servent à documenter des bonnes pratiques basées sur l’expérience. »

    Alors bien sûr il ne saurait s’agir de « charte » puisqu’il s’agit de s’appuyer sur un principe de réalité, sur une construction de ces design patterns par ceux qui les vivent, un peu loin du principe de « charte » donc.

    Mais loué sois tu dans ta tentative de ne pas dénaturer « l’esprit » du DIY lors de tes projets, je me prosternerai lorsque tu viendras à Toulouse 😉

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