S2E4 “Communautés, rassemblement !” #Workshop

ou le “Top 5 des compétences à mobiliser pour réussir son workshop”

À chaque saison ses thématiques.
Alors ouvrez votre moteur de recherche, tapez hackathon ou workshop, le mois en cours et l’année. Puis comptez le nombre de réponses. Pas une semaine, voire une journée sans un atelier de ce type. Qu’il soit porté par une collectivité, un regroupement privé, une association ou une entreprise, qu’il soit à dimension formative, sociale ou marketing, qu’il s’adresse à un public large, ciblé, ouvert, privé ou professionnel, le workshop créatif est devenu la réponse toute faite aux problèmes que rencontrent nos sociétés et organisations. En écho à ce constat, et dans le prolongement des critiques légitimes et déjà présentées sur ce site des dérives des hackathons, j’ai récemment découvert  
STUPID SHIT NO ONE NEEDS & TERRIBLE IDEAS HACKATHON.

La saison des “stagiaires de troisième” s’étend quand à elle jusqu’en mars. J’ai été agréablement surpris lorsque celui que j’encadrais cette année, après lui avoir présenté la synthèse de mon dernier projet (son déroulement, ses parties prenantes, ses participants et ses publics) me fit cette réflexion : “En fait, vous êtes comme le SHIELD avec les Avengers”.
Le plaisir était double, puisqu’en plus de partager la référence culturelle “d’jeuns’”, je la trouvais pertinente. Et si finalement, mener un workshop ne relevait pas d’autre chose que de lancer un cri de ralliement proche du “Avengers rassemblement” ? Une fois mobilisés les expert-e-s du sujet que l’on souhaite aborder, quelles compétences associer à son workshop pour s’assurer de sa réussite ? Avec quelles communautés de “savoir-faire”, une structure se doit d’être en dialogue étroit si elle souhaite déployer une activité d’ateliers et de workshops ?

Mes 5 propositions :

#1 Qui veut du gros patch qui tache ?
 
Les programmeurs et adeptes du code créatif sont les premières personnes à mobiliser. Lire, écrire, compter, coder : c’est l’injonction de l’innovation par l’app qui a fait son bout de chemin. Tout bon start-up WE se doit de déverser son lot d’applications. Et pas d’appli sans codeur, même si plusieurs subterfuges inspirés ont émergés, à l’exemple de ce que proposait Nod-A en son temps. Plus intéressant restent les bidouilleur-se-s du code, ceux qui vont générer de nouvelles interactions, entre l’humain, le
multimédia et les objets. Donc prenons un coup d’avance : aujourd’hui ce sont les codeur-se-s d’appli qui sont indispensables, mais demain ce seront les programmeur-euse-s d’interfaces et d’objets connectés. L’animation de cette communauté constitue un espace de créativité autour du code et des interactions numériques, qui pourra pleinement s’exprimer lors des ateliers. Alors désolé du cliché mais vous n’y couperez pas, il vous faudra de la pizza.

#2 Je touche pas à Tinkercad ou ZBrush alors que je peux le faire sous Solidworks, sinon autant prendre Sketchup !
 
L’émergence des Fab Lab a élargi l’accès à la CAO. Difficile aujourd’hui d’imaginer un workshop sans une imprimante 3D ou une découpe vinyle ou laser. Il est également compliqué de prévoir à l’avance quelles seront les machines dont on va avoir besoin, chacune ayant ses spécificités, son langage, sa logique et donc ses contraintes. Les “makers”, ces personnes qui savent murmurer à l’oreille des machines, figurent parmi les autres communautés de compétences à réunir lors de  workshops. Elle contribue autant au prototypage qu’à faciliter la créativité des participants via une expertise sur ce qui existe, et ce qui peut être fait ou non avec les machines.  L’animation de cette communauté repose généralement sur l’accès à des machines CAO afin de se doter d’un espace de fidélisation de ces maker-euse-s. En ce sens, avoir un atelier de prototypage numérique peut se justifier au-delà de toute volonté de s’intégrer dans une démarche Fab Lab.
Attention, avec cette communauté, vous risquez même d’avoir de la pizza aux anchois.

#3 Je vais vous faire un petit dessin, vous allez tout de suite mieux comprendre
 
La fonction de « facilitation graphique”  – à l’image de la fgcp – a explosé ses dernières années. Elle s’est étendue à une fonction plus générique de communication. Il est maintenant très fréquent qu’une inauguration ou un colloque bénéficie de témoignage en direct, de ce qui s’y dit ou s’y fait, enrichi de quelques petites caricatures. Mais la fonction graphique d’un workshop ne peut se réduire à cette dimension “souvenir”. Elle reste essentielle par sa capacité à communiquer de façon non verbale : donner à voir aux autres participants, détailler et parfois mettre en vie. Car le graphisme doit s’entendre en 2D, 3D et 4D. Représenter à plat, donner à voir en volume et permettre de comprendre un déroulé, une évolution dans le temps : autant de fonction essentielles pour partager et présenter les prototypes conceptuels et les usages imaginés lors de workshops.
En revanche, ça risque de couper l’envie à pas mal de monde de se faire une partie de pictionnary avant un bout de temps, mais on fait pas de workshop sans casser des vocations !

#4 Pas de panique, on va trouver une solution pour que tout se passe bien.

Agililté, scrum, sprint, design thinking, résidence de co-créativité, de co-design, … Les pratiques pour faire collaborer et oeuvrer ensemble des personnes d’horizons différents se répandent et se diversifient au même rythme que les workshops et hackathons. Et cette fonction ne doit pas être portée seulement par les organisateurs et encadrants. S’assurer de la cohésion des groupes et de la qualité de l’expérience vécue par tous sont essentiels à ce type d’activité, au-delà de la capacité à être créatif. Des relations étroites avec les groupes et personnes qui expérimentent et mettent en oeuvre de nouvelles formes de création participative et de collaboration sont donc essentielles pour animer des ateliers. Et oui, les scrapbooker compulsifs salivent déjà sur cette promesse de débauches de post-it, de feutres colorés et de scotchs créatifs.

#5 Il était une fois…

Parce qu’une expérience collective doit le rester même au terme de l’atelier, il est conseillé d’inclure directement dans chaque session des participants susceptibles d’écrire et raconter, tant en interne qu’en externe, ce qui se passe et s’est passé. Cette fonction de vulgarisation et de communication participe à la documentation du projet, au même titre que le mise à disposition des plans d’un prototype ou du code d’une application. Elle favorise la compréhension par le plus grand nombre des enjeux soulevés par l’activité. Elle ne se réduit pas à sa dimension promotionnelle. La présence d’une communauté de « raconteurs » sera d’autant plus positive, si elle s’empare des compétences des graphistes présents dans les ateliers pour imaginer de nouvelles formes de narration ou d’écriture. Permettre à cette communauté de s’exprimer librement et créativement dans les ateliers, c’est faciliter la compréhension entre les participants et leur valorisation rapide… *

Organiser des hackathons ou workshops repose donc sur la capacité à ne pas mobiliser qu’un seul profil de participants. C’est dans la mixité de ces publics, dans le croisement des communautés auxquelles ils appartiennent que résident la réussite du projet et sa qualité.
C’est sur leur présence que repose aussi la capacité de ces ateliers à devenir de nouvelles formes d’activités de médiations, de productions de valeurs et de lien social.

 

POING

* Cette fonction de la documentation devrait faire l’objet d’un top5 en tant que tel.

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