S1E05 “Un grand pouvoir implique … de grandes connaissances en physique théorique” #CRÉATIVITÉ

ou le “Top 5 de ce que les BD de super héros peuvent nous inspirer en médiation culturelle scientifique”

Les blogs-BD m’ont ouvert la voie au numérique et à la « blogosphère ». Ses figures fondatrices sont à présent des « stars ». C’est pour les singer que j’ai produit mes premiers blogs. Il me semble qu’ils ont également largement aidé à faire re-rentrer la BD dans les pratiques de médiation culturelle. Il n’y avait qu’un pas pour se dire « mais c’est génial ces blog BD, on va pouvoir faire de la vulgarisation avec ! » On peut retrouver les meilleurs représentants de ce courant dans Strip sciences(1). Aujourd’hui, le strip et le dessin ont bonne place dans les médias et manifestations de culture scientifique, la semaine dessinée de la TACFI avec Léely(2), en est un des plus bels exemples.

Mais je ne vous cache pas que réduire à la vulgarisation le potentiel de médiation que recèle la BD me fait violence. Mon mémoire de fin de formation portait justement sur ce rapprochement entre sciences et bande dessinée. À cette époque, je plaçais « Rural » d’Étienne Davodeau(3) comme l’ouvrage le plus intéressant et original sur ce sujet. En abordant librement et simplement un thème, des ouvrages évoquent souvent mieux que ceux qui cherchent à expliquer.

Passée cette introduction, revenons à notre sujet. Ce blog n’a pas vocation à sélectionner et présenter des choses que j’aime pour les partager. Donc je détourne le propos en présentant cinq éléments qui me font aimer les BD mentionnées ci-dessous et précise en quoi ce qu’elles représentent peut être instrumentalisé en médiation culturelle et scientifique.  Chacun de ces points pourra être interprété comme un levier pour la mise en place de pratiques créatives.

1/ L’effet blender :
On reprend tout ce que vous connaissez des super-héros, et de la pop culture en général, et on vous rajoute des nouveaux ingrédients issus de l’actualité de la recherche et de l’innovation pour faire synthèse. Je vous renvoie au top 5 “pop culture” pour expliquer tout le bien que je pense de ces remix et des sujets qu’ils permettent d’aborder. Exemple :

Planetary

Scénario : Warren Ellis, Dessin : John Cassaday, Ed. Panini Comics.
C’est pour moi une des meilleures sagas comics de ces 10 dernières années. Elle voit un trio de surhumain tenter de rassembler les éléments de l’histoire secrète de l’humanité. C’est toute l’histoire des comics mais aussi de la série B et Z qui est revisitée. Si les néophytes se laisseront emportés par le récit et son suspens, les connaisseurs et fans seront ravis de la profusion de références qui ponctuent tous les albums (les méchants sont 4 astronautes revenus sur Terre transformés…). Enfin la majorité des intrigues reposent sur des références à la physique nucléaire et quantique, une des plus brillantes étant un personnage secondaire qui fini par se désintégrer au bout d’une demi vie radioactive. Incontournable !

2/ L’effet jusqueboutiste :
Effectivement on le sait que les super héros n’existent pas. En plus, si on s’y mettait à faire en sorte que ça existe, ça ne se passerait pas comme dans les BD. Ce retour à la réalité est une grosse tendance des super héros ces 10 dernières années. Allez-y, essayez ce principe du “Mais encore pire, imagine si …” vous allez voir que ça produit des choses assez jolies. Exemple :

Supergod

Scénario : Warren Ellis (encore lui), Dessin : Garrie Gastonny, Ed. Milady.
Dans ce récit, différentes nations se lancent dans la création de super héros qui aux yeux des hommes vont passer pour des divinités et les conduire à l’apocalypse. Tout l’arsenal des nouvelles technologies et de la physique moderne y passe. Le récit à la première personne, par les yeux d’un témoin des événements ainsi qu’un dessin très austère peuvent rebuter le lecteur. Passé ces premiers écueils, ce très beau récit peut être entendue comme une critique du progrès et du scientisme mais aussi une vraie réflexion sur la figure mystique du super-héros et sur la géopolitique.

3/ L’effet symbolique :
Les BD de super héros ne sont que l’expression fantasmée d’une époque et de ses peurs, notamment face aux progrès de la science, j’en veux pour illustration l’origine de leur pouvoir qui changent en fonction des découvertes et applications technologiques (chimie, puis nucléaire, puis OGM et maintenant numérique en attendant les nanotechnologies et le retour de la physique quantique …). L’exemple précédent conviendrait également comme illustration, mais finalement le manichéisme et le nihilisme fonctionnent aussi. Exemple:

Watchmen

Scénario : Allan Moore, Dessin : Dave Gibbsons, Mise en couleurs : John Higgins, Ed. Urban Comics.
Si les Watchmen sont maintenant connus du grand public grâce à leur adaptation cinématographique, cela ne constitue pas une bonne excuse pour s’abstenir de le lire ! Dans cette uchronie, sur fond de course à la troisième guerre mondial nucléaire, on découvre entre autre le docteur Manhattan qui est l’un, si ce n’est le meilleur représentant du mariage fécond entre sciences physique et super-héros. C’est un surhomme bleu, portant sur son front le symbole de l’hydrogène, capable d’être présent simultanément en tout point de l’espace et en tout point du temps après avoir été exposé à un flux de tachyons. A l’opposé, un autre personnage de cette série est un super-héros, sans pouvoir, baptisé Rorschach. Il tire son nom de son masque reproduisant les tâches symétriques du test du même nom. Un récit majeur où l’on retrouve des thèmes cher à Allan Moore comme la critique du mensonge d’état, du totalitarisme et d’une certaine façon, du scientisme. Un pilier de la bande-dessinée !

4/ L’effet face cachée :
À la frontière de la théorie du complot, de l’ésoterisme et de l’uchronie, existe un espace qui permet de donner un second sens à  l’histoire et à notre réalité, ce “et si finalement tout cela n’était que …” . Peut-être plus difficile à aborder que d’autres approches, il peut facilement être exploité avec un public adulte éloigné de la culture scientifique par les références à l’histoire et à une culture plus généraliste. Exemple :
Brigade Chimerique
Scénario : Serge Lehman & Fabrice Colin, Dessin : GESS, Mise en couleurs : Céline Bessonneau, Ed. l’Atalante.
L’Europe des années 30. Frédérique et Irène Joliot-Curie ont repris les recherches de Marie Curie. L’institut du Radium est un lieu d’expérimentation sur les surhommes et super-scientifiques. En 6 tomes, ce comics à la française dépeint un univers qualifié de “radiumpunk” par ses créateurs. Il évoque la disparition des super-héros européens dans leur lutte contre la montée du fascisme. Ce récit est également remarquable par le mélange entre des personnages historiques réel et la présence de différents personnages de la littérature et du cinéma européen du début du XXème siècle, imaginés par Kafka, Fritz Lang ou encore HG Wells.

5/ L’effet poétique
Un frange de la population qui s’intéressent aux sciences en a une approche esthétique. C’est mon cas. Si j’ai fait des études en sciences c’est parce que je passais mes journées à dessiner des schémas, des formules, des coupes anatomiques, en découvrant des mots exotiques révélant des concepts forçant à l’humilité. Emprunter des mots à un sujet, pousser leur sens vers la symbolique et la poésie. C’est souvent ce qui peut manquer dans une démarche de médiation culturelle scientifique. Exemple :
Superman all star
Scénario : Grant Morrison, Dessin : Frank Quitely, Ed. Panini Comics.Superman va mourir suite à une trop forte exposition aux rayonnements solaires ! Dans cet album, la physique quantique, les voyages entre les infinis, les paradoxes temporels et les multivers percutent tout l’imaginaire des comics avec une poésie rarement égalée. Par exemple, on y croise furtivement un scientifique expliquant que ses recherches se consacrent à formaliser une théorie unitaire des forces de l’univers et de l’imagination sous la forme du parfait haïku… le renouveau parfais du premier des super-héros, accessible pour tous les débutants !

Si quelqu’un a un top 5 de super pouvoir pour corriger les fautes d’orthographes je suis preneur.

Derrick 

(1) http://stripscience.cafe-sciences.org/
(2) http://blog.franceinter.fr/tete-au-carre/comment-realise-t-on-semaine-dessinnee-tete-au-carre-aurelie-bordenave-sophia-zandotti/
(3) http://www.bedetheque.com/serie-1385-BD-Rural.html

2 réflexions sur “S1E05 “Un grand pouvoir implique … de grandes connaissances en physique théorique” #CRÉATIVITÉ

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *