S1E02 « Tu vois E=M6 et C’est pas sorcier mamie ? Et bah moi, c’est pas du tout pareil. » #CSTI

ou le “Top 5 des éléments pour mieux expliquer à ma grand mère – et à qui veut l’entendre – la médiation culturelle”

 

J’ai souvent tendance à dire “oui c’est ça, mais c’est pas tout à fait pareil”. Que voulez-vous, on a besoin de justifier son existence dans l’Univers, de se démarquer ou de crier les fondements de ce qui nous fait sortir chaque matin du lit.  J’ai aussi l’intime conviction que c’est souvent dans les détails que se joue l’écart entre la richesse ou la banalité, l’or et le plomb, la poire ou la prune, le poulpe ou la moule, le visible et l’invisible, le vaccin ou la toxine.

Il se trouve qu’un penchant de la médiation culturelle, notamment scientifique, consiste à assimiler le médiateur au guide de l’expo, à l’animateur de l’atelier, au rédacteur de contenus ou au concepteur de guide pédagogique. Et pourtant, appliquer à l’action culturelle les fondements de la médiation lui donne déjà toute sa saveur. C’est une récente discussion avec les organisateurs et partenaires du festival Interstice qui m’a incité à préciser, enfin, ma pensée sur la médiation culturelle en rassemblant tous les aspects que j’ai tendance à marteler pour qui veut les écouter.

Puisque je prétends évoquer dans ce blog des questions de médiation culturelle, il était nécessaire qu’un premier article présente les 5 trinités de ce que je sous-entends lorsque j’évoque la Médiation.

1/ Rencontrer / dialoguer / échanger

Faire de la médiation, c’est avant tout permettre à des individus, des regroupements de personnes, des associations, des institutions, des parties prenantes d’une situation, d’un sujet ou d’un projet de se rencontrer pour dialoguer et échanger. Il n’est même pas question ici de « grand public ». Permettre à des chercheurs, des artistes, des entreprises ou des membres d’association de se rencontrer, de dialoguer et d’échanger entre eux, c’est donc déjà faire oeuvre de médiation. Si le résultat de cette rencontre est porté sous une forme ou une autre à la connaissance d’un public plus large, c’est d’autant mieux. Reste qu’une démarche similaire doit être entreprise avec les publics pour que cette publicisation fasse également office de médiation culturelle.

2/ Relation / Organisation / Symbole

Jean Claude Gillet (1) réduit à trois catégories les activités de médiation. Je m’y reconnais et les revendique. Il y a tout d’abord celles qui permettent à des personnes de se mettre en relation, de tisser des liens, des contacts ou des connexions, à l’exemple des cafés débats, ateliers, réunions, … Il y a les activités d’organisation qui assurent le cadre ou des conditions structurantes favorables à la mise en relation, telles que des plateformes d’échanges, physiques ou virtuelles, centres de ressources, … Enfin il y a les activités qui réunissent les parties prenantes autour de  repères symboliques : fêtes et journées thématiques, manifestations événementielles, … Lorsqu’un projet réunit ces trois types d’activités, il n’en est que plus efficace sur le plan de la médiation.

3/ Vulgariser / Informer / Communiquer

La vulgarisation, c’est ce “comment ça marche” qui limite la culture scientifique depuis des années et la réduit au “je vais vous expliquer avec des mots, des exemples et des métaphores que vous pourrez comprendre”. L’information, c’est la sélection et la transmission de ces faits vulgarisés, contextualisés et mis en perspective pour qu’ils bénéficient à celui qui les reçoit. La communication, c’est la sélection de ces faits vulgarisés, ou non, et instrumentalisés au bénéfice de celui qui les émet. La médiation culturelle ne peut en aucun cas se limiter à l’un de ces 3 démarches : elles ne sont que des outils.

4/ Conduire / Guider / Escorter

Avec ces trois mots empruntés à Maëlla Paul (2),  je cadre le concept de l’accompagnement, une posture professionnelle spécifique qui enrichit considérablement mes considérations sur la médiation culturelle. Qualifiée de gestion servante, l’accompagnement s’appuie sur ces trois postures complémentaires. Conduire porte une forme d’autorité qui s’exprime dans le fait de mener avec soi et de désigner une orientation. Guider porte l’idée d’une délibération afin d’éclairer la voie, l’orientation et le chemin à choisir. Escorter porte l’idée de protection et de préparation, la capacité à anticiper les écueils et les étapes suivantes d’un projet.

5/ Enjeu / Contrainte / Influence (1)

La médiation culturelle est une approche qui permet aux parties prenantes de repérer les enjeux et contraintes d’un projet ou d’une situation, qu’ils soient d’ordre technique ou technologique, statutaire ou économique, identitaire ou culturel. Enfin, la médiation culturelle – comme toute forme de médiation – se doit d’être facteur de changement, d’être un agent d’influence partagée. Et oui, j’aime me bercer de douces illusions, me dire que faire de la médiation culturelle, c’est faire société, sens commun, participer à l’émergence de solutions au profit de tous.

En revanche, je ne vous cache pas que j’ai fait lire cet article à ma grand-mère et que malgré tout, de son côté, quelques questions demeurent…

Top 5 de vos questions, critiques, compléments, insultes, louanges, corrections orthographiques ou conseils à ma grand-mère dans les commentaires.

CERVEAU 

(1) « Animation et Animateur » – Jean-Claude GILLET – éd. L’Harmattan – 1998

(2) « L’accompagnement, une posture professionnelle » – Maela PAUL – éd. L’Harmattan – 2004

 

8 réflexions sur “S1E02 « Tu vois E=M6 et C’est pas sorcier mamie ? Et bah moi, c’est pas du tout pareil. » #CSTI

  1. Article fort sympathique, une lecture agréable. Ce blog est vraiment pas mal, et les sujets présents plutôt bons dans l’ensemble, bravo ! Virginie Brossard LETUDIANT.FR

  2. Merci pour ce condensé bien mené et explicite…. Cela m’aidera beaucoup dans mes travaux sur la médiation culturelle!

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