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Ou mon Top5 « Des pistes de financements d’un FabLab »

L’annonce de la fermeture du FabLab de Beauvais début 2016, a fait des ronds suffisamment gros  dans l’eau pour finir par alerter et intriguer bon nombre de structures et collectivités ayant misé sur ces “nouvelles fabriques”. Tout au long des premiers mois de l’année, on a vu s’égrener les articles analysant cet échec et rappelant les principes de base pour bien monter son FabLab ou tenter leur pérennité. Force est de constater que certaines recettes reviennent régulièrement et dur de constater aussi qu’aucune ne s’impose comme miraculeuse.

Le modèle économique des FabLab se cherche donc encore. Du moins pour ceux qui le recherchent. Car finalement certains FabLab continuent d’exister avec leur lot de machines à prototyper tout en gardant leur fonctionnement alternatif et bénévole des origines. Dans une autre dynamique, les ateliers de fabrication à vocation plus entreprenariale, tournés vers le monde économique et l’industrie, semblent aussi trouver progressivement un équilibre en s’émancipant des préceptes originels des FabLab, à l’image de Makers in Grenoble mais aussi du Fab Make de Nantes pour ne citer que ceux qui viennent tout de suite en tête.

Mais alors, en s’affirmant comme un modèle de société en tant que tel, en souhaitant incarner à eux seuls des valeurs invitant à repenser nos modes de consommation et de partage, en devenant un sujet avant d’être un projet, en incarnant le symbole d’une révolution  / transition numérique qui ne passe pas que par « l’appli ou le smartphone », et si les FabLab n’avaient pas oublié leur écosystème et les pratiques existantes avant d’espérer vivre en toute autonomie et toute utopie ? En voulant devenir des lieux, mais aussi une démarche, mais aussi des communautés, mais aussi un mode de pensée, mais surtout un projet de société, les FabLab ne se coupent-ils pas d’expertises et d’expériences qui pourraient soutenir leur développement ?

En assumant la provocation, l’idéologie maker (comme toutes les idéologies) n’est-elle pas nuisible à la dissémination et démocratisation des valeurs qu’elle prodigue ?

Je ne suis pas issu du mouvement des makerspaces, mais je n’ai pas pour autant attendu leur apparition pour fabriquer, faire ouvrir les “boites noires”, expérimenter, prototyper, fait bidouiller et programmer des robots ou autres machines avec le grand public et en avoir partager les résultats. Je considère donc les FabLab avant tout comme une somme d’outils supplémentaires, des plateformes techniques avec lesquelles chacun peut construire sa propre déontologie de médiation numérique. Sans rien retirer des propositions existantes pour monter son FabLab (dont makery a déjà fait une synthèse en 2015) ou pour poser un modèle économique (et là aussi le Movilab a partagé un travail de synthèse sur le sujet) voici les cinq principales pistes que je retiens pour envisager les modes de financement d’espaces de type FabLab.

Je ne prétends pas que ces propositions soient innovantes, je les ai juste glanées au fil du web et de mes rencontres, puis adaptées pour construire mes propres repères. Elles s’appuient avant tout sur le désir de maintenir l’accès au plus bas coût pour les individuels tout en se donnant les moyens de réaliser les projets collectifs auxquels l’esprit de la majorité des Labs aspirent.

1/ L’accompagnement des professionnels :
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Certaines plateformes techniques de type FabLab ont fait le choix de s’adresser presque exclusivement à des entreprises, voir de grosses entreprises. Elles leur proposent des services de prototypage rapide et à petite échelle avec une agilité, une rapidité et un coût qui vient casser les pratiques en cours dans l’industrie.
Pour réussir et faire face à l’exigence de ces clients, les espaces de fabrication doivent se doter de machines assez robustes et conséquentes. Pour les Fab lab classiques (si on peut parler de classicisme dans le domaine) l’intégration de “profils entrepreneurs” ou “conseillers économiques” capables d’entrer en dialogue avec des artisans, des start-ups ou des entreprises constitue donc une opportunité de financements et  de clients supplémentaires.
Reste que cette piste ne peut pas s’envisager au travers des traditionnels mise à disposition de machine et formation à leur utilisation mais bien sous l’angle d’une compétence humaine d’accompagnement de projets professionnels. 

2/ L’accompagnement des acteurs sociaux culturels :
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Comme je l’ai déjà évoqué lors de précédents posts, le projet technique est une pratique pédagogique existante et développée par plusieurs acteurs de l’éducation populaire et d’équipements socio-culturels. Concevoir des formations dédiées pour ces animateurs, encadrants et médiateurs, formaliser des outils et projets à leur attention, les accompagner dans leur appropriation des outils de base des Fablabs constitue une orientation de la prochaine vague de développement des Fab Lab. Pour les quelques années à venir, enrichir son expertise en direction de ces prescripteurs est donc un bon pari en accord avec les principes de diffusion des valeurs des makerspace auprès d’un “jeune” public.

3/ Le kit d’animation :

Le fait d’avoir accès facilement à un espace de prototypage ne suffit pas à transformer tout le monde en maker créatif. C’est un constat vite partagé par une grande majorité de FabLab et de Makerspace. Et il est sans surprise : ce n’est pas parce qu’il y a un aérodrome à côté de chez soi que l’on va devenir aviateur, et dans le cas des FabLab la promesse est moins sexy aux yeux du plus grand nombre. Un des postulats des ateliers de prototypage numérique repose sur l’idée que dès lors que l’on a les outils et les compétences, tout à chacun va avoir envie de fabriquer, de faire. C’est oublier qu’en réalité les FabLab ne font qu’offrir des outils supplémentaires aux individus déjà engagés dans cette dynamique. Alors comment faire venir ces visiteurs, ces publics, cette clientèle, qui n’a pas forcément envie de faire, qui a d’autre aspiration dans la vie que de passer des heures supplémentaires devant son ordinateur pour concevoir  son futur environnement ? Le principe de développer des kits à venir finaliser ou personnaliser soi-même dans un FabLab me semble une piste trop largement inexploitée. En proposant des kits prè-usinés et à prix majoré, on peut faire venir des publics qui ne seraient pas venus spontanément tout en développant à moindre coût une amorce de modèle économique sur des produits standardisés mais personnalisables.

4/ L’accompagnement de l’innovation ouverte :
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Les séances de team building, qui proposent à des entreprises de faire venir leurs employés pour fabriquer ensemble des objets dans un FabLab, sont connues. Étrangement, elles sont les seules dynamiques de groupes qui émergent du paysage des FabLabs comme susceptibles de soutenir leur financement. Pourtant, les machines CAO sont fortement demandées dans les marathons créatifs tel que les Museomix, Start-Up WE ou autre hackathon. Collectivités, entreprises ou associations d’usagers misent de plus en plus sur de telles méthodologies d’innovation ouverte – démarche Living Lab et de Design Thinking en premier lieu – pour faire émerger collectivement de nouveaux usages, de nouveaux projets et de nouveaux produits.
Devenir des outils au service de ces dynamiques, qui par ailleurs mobilisent leur propre communauté de futurs usagers potentiels des FabLabs, me semble aujourd’hui une des pistes les plus prometteuses de financement.

5/ Monétiser sa communauté :

Quand c’est gratuit, c’est toi le produit ! Cette devise comme une alerte à l’instrumentalisation des données personnelles de chacun peut s’appliquer à de nombreuses démarches d’innovations ouvertes. J’ai déjà précisé un top 5 des points de vigilance pour ne pas dénaturer l’esprit du Do It Yourself. Reste qu’aujourd’hui, être en mesure de mobiliser une communauté de maker et de l’animer au profit d’un projet collectif pour accélérer la modélisation et la mise en test de nouveaux produits, de nouveaux objets et de nouveaux services constitue un potentiel de financements conséquents.

Pour fonctionner, cette mobilisation doit néanmoins se faire dans un respect de règles déontologiques qui restent encore à affiner et préciser. C’est à mon sens une étape et une réflexion dont le réseau des FabLab devrait rapidement se saisir avant de voir des structures moins scrupuleuses les en déposséder.

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