S1E08 “ À part du wifi, des bonbons et des pizzas, on fait quoi ?  » #hackathon

Ou mon « Top 5 de trucs et astuces pour faire médiation lors d’un workshop, hackathon, masterclass et autres “camps” de travail »

Fini le statut de buzzword : les hackathons et workshop sont devenus des formes d’interventions très en vogue en quelques années. À juste titre, puisqu’elles combinent de nombreux attendus de médiation culturelle. La manifestation qui fait à mon avis le plus synthèse de ces bonnes pratiques est Museomix qui a su rapidement s’affirmer à l’échelle nationale dans le calendrier culturel muséographique. Une particularité de cette manifestation est que le résultat importe finalement peu. Ce n’est pas grave si après 3 jours de créativité, le musée ne se ré-approprie pas les prototypes imaginés. C’est le processus qui fait sens : amener des professionnel.le.s et des passionné.e.s à s’approprier un sujet, à repenser leur rapport aux publics, aux musées et aux différents corps de métiers participants. Si cette manifestation est une réussite et qu’elle a généré une communauté active et militante, c’est qu’elle ne laisse rien au hasard et qu’elle met tout en oeuvre pour que les échanges et la créativité aient lieu.

Car le principal écueil dans ce type de manifestation est de s’en remettre (par paresse ? par naïveté ? par inexpérience ?) à la sérendipité. Oui, le bon agencement d’une salle, des boissons, snack et autres réjouissances faciliteront la convivialité. Mais cela fait bien longtemps que l’on aurait résolu la paix et la faim dans le monde s’il suffisait de réunir des gens beaux et intelligents autour d’un sujet génial pour voir apparaître des innovations fulgurantes.

Et parce qu’il convient de ne pas chercher à réinventer tout et tout seul à chaque workshop, voici mes 5 éléments à anticiper et mettre en œuvre pour faciliter la réussite de la médiation.

 

34389 Moi je pars à 16h3O parce que j’ai piscine, ça va le faire quand même ? 
 1/ Donner à voir le déroulement :

La première chose à faire est de se caler un planning même très libre et adaptable du déroulement du workshop, des semaines voir des mois avant. Il permettra de suivre l’évolution espérée du projet dans le temps. Il vous permettra de faire évoluer votre projet au fur et à mesure et d’imaginer les meilleurs séquences pour que les participant.e.s brisent la glace, fassent connaissance, se présentent, divergent collectivement, se parlent de groupe à groupe, convergent et raconte une histoire commune, fassent des pauses, s’inspirent au contact d’oeuvres, de contenus, d’installations, … Un déroulement où placer tous les autres points de ce top 5. Parce que l’on peut se sentir perdu lorsque l’on participe à de telles manifestations, ce déroulement sera distribué à tous les participant.e.s et / ou affiché en grand, dans un maximum d’endroits et à la vue des participant.e.s. Ce déroulement est la colonne vertébrale de votre projet.

65532 Mais qu’est-ce que j’fous ici … ?
2/ Donner à comprendre les objectifs et le sujet

Au fait pourquoi je fais ça ? Ça sert à quoi c’est 2 jours ? Et qui sont ses gens autour de moi ? Et pourquoi ce sont eux qui organisent ? Cela peut paraître trivial mais il convient que les participant.e.s sachent et comprennent dans quel cadre et pour quelle finalité ils participent et produisent. Comment seront utilisés les productions commune,s quelles sont les règles de confidentialité qui en découlent, … En fonction des manifestations cela est plus ou moins clair.
Lorsqu’un workshop fait partie d’un programme plus vaste ou d’une série de rencontres, il faut également prévoir des outils qui permettent aux participant.e.s de l’appréhender (affiche retroplanning, time line, poster chronologique, vidéo ou galerie photos des épisodes précédents…).
Enfin, produire des textes d’information et de vulgarisation de référence présentant les enjeux du thème abordé facilite l’appropriation des objectifs par les participant.e.s. Ces documents peuvent être distribués ou affiché aux yeux de tous et en plusieurs exemplaire au même titre que le déroulement.

33708 Mais en fait t’es qui toi ?
3/ Se présenter :

Un temps important doit être consacré à la présentation des participant.e.s. Toutes les astuces sont bonnes, de la fabrication de son propre badge, au trombinoscope thématique, au speed dating pour former les groupes. Compte tenu du nombre de participant, il faut trouver le meilleur moyen de le réaliser. À partir de 50 personnes, le tour de table exhaustif est tout à fait inadapté. mais cela ne doit pas empêcher de trouver une méthode pour que les participant.e.s aient accès à la dimension collective des individus : un trombinoscope, un mur de contribution, un tour de table à répétition, un jeux de rebond entre participant.e.s…  L’essentiel est que vous choisissiez ce que vous voulez que les participant.e.s verbalisent ou indiquent en fonction de vos propres objectifs ou de l’intention que vous souhaitez faire passer. Il est toujours intéressant que les participant.e.s puissent indiquer ce qu’ils pensent pour voir apporter et ce qu’ils sont venu chercher dans le projet.

65560 Mais pourquoi ils font la chenille là ?
4/ Créer un planning des temps de mutualisation :

Les habitués des hackathon et autre mix connaissent les avantages de ponctuer ces manifestations de temps communs : principalement faire échanger les participant.e.s les uns avec les autres et se donner des jalons pour éviter l’échec. De plus ils constituent en eux-mêmes des éléments de la culture de projet, empruntant en partie aux méthodes agiles. Ce sont les rares moments où les participant.e.s vont sortir de leur jus, échanger d’un groupe à l’autre et se fixer des objectifs. Ils constituent également de bons moments pour inviter un public extérieur à découvrir leur pratique. Nom du projet, courte vidéo de présentation, schéma explicatif du proto ou de l’usage, hangout avec des personnes extérieures, simple gag ou défis, … tous les prétextes sont bons pour ponctuer le workshop de respirations.
Le rythme de la ½ journée est souvent le plus adapté mais d’autres rythmes peuvent être envisagés en fonction des modes de constitution des équipes ou de la nature du projet. C’est un fondement de la posture de médiation et c’est une des clés de réussite de la manifestation : ces petits “à côté” sympa et fédérateurs qui ont transformé l’expérience en souvenir.
Il faut cependant rester vigilant : si certain.e.s participant.e.s peuvent facilement se prêter à cet exercice, d’autres y seront réfractaires voir profondément défavorables. C’est souvent le cas des makers venus se confronter à la technique dans une démarche Do It Yourself et qui goûteront peu au folklore du Do It With Other. Cela peut également être le cas d’intervenants aux pratiques artistiques affirmées qui peuvent avoir tendance à vouloir déployer un propos individuel. Il n’y a pas de jugement de ma part, juste un constat qu’il convient d’anticiper pour que chacun vive au mieux  l’expérience et que leur présence bénéficie à tous.

65578Ça a de la gueule au final !
5/ Documenter les résultats :

Documenter les projets et ses participant.e.s avant, pendant et après, de quelque façon que ce soit. Dire par où on passe, comment on passe, avec qui et pourquoi. C’est d’autant plus facile que vous avez votre déroulé, vos objectifs, vos présentations, vos temps de mutualisation.
C’est d’autant plus incontournable sur un projet technique où le geste et l’action vide le sens de l’action (les temps modernes). Et si on vous dis “c’est pas possible”, “c’est compliqué de dire comment ça se passe” ou “non mais c’est pas si simple” c’est que justement vous êtes sur la bonne voix, voir exactement au bon endroit et que ce que vous essayez de mettre en place vient en rupture avec les habitus de la technique et en ouverture vers le plus grand nombre.
La restitution et la documentation seront ce qui va faire médiation plus largement qu’entre les participant.e.s de votre workshop. Un temps et des personnels spécifiques doivent être mobilisés à cet effet pour produire cet “album souvenir”.

 

Je l’avoue, pas une fois j’ai réussi à tous les mettre en place lors d’une même manifestation, pourtant c’est pas bien compliqué … Ce sera pour la prochaine fois !
tracteur

9 réflexions sur “S1E08 “ À part du wifi, des bonbons et des pizzas, on fait quoi ?  » #hackathon

  1. J’avoue que je suis un peu circonspect quand tu dis que ce n’est pas grave si les musées ne se réapproprient pas les dispositifs proposés pendant Museomix… Est-ce que ça n’est pas justement la promesse de MX de « remixer les musées » avec « people make museums » ?

    1. Merci Sébastien pour ce commentaire.
      j’ai fait ma première réponse entre 2 réunions alors qu’un top 5 s’impose :
      #1 Effectivement c’est une partie de la « promesse » faite par Museomix, mais je crois qu’aujourd’hui les projets réellement réintégrés dans le musée se comptent sur les doigts d’une main.
      #2 Au contraire, l’idée n’est pas de faire appel à des « bénévoles » pour refaire sa scéno, mais bien de creuser des pistes, donner à vois des exemples, des prototypes de comment concevoir différemment et de permettre à des personnes qui n’y sont pas forcément invité à le faire. C’est un truc de frustrés ça encore.. :).
      #3 Si je regarde et participe de façon lointaine au projet, je considère, avec d’autres parties prenantes du projet, que l’opération n’est pas imaginée comme cela, du moins en tant qu’accompagnant on n’a pas cela comme objectifs.
      #4 C’est justement ce qui fait la force du dispositif à mon sens. C’est avant tout un projet de médiation entre des participants, une institution et des publics.
      #5 Après je ne voudrais pas et ne me permettrai pas de parler au nom de… ces propos n’engage peut-être que moi. je devrait peut être rajouter plus de  »  » dans mon article.

      PS : mais où trouves-tu tous ces merveilleux gif pour ton site ?

      1. Sur la promesse de Museomix, la réponse est probablement : de quoi ont envie les participants (équipes, organisateurs, membres du musée, ingénieux…) ?
        En 2012, une équipe à appris du conservateur dès le vendredi que son projet ne pourrait jamais être installé au musée de manière définitive (entre autre, le projet traitait de la mort sous un angle qui aurait demandé trop de négociations avec la tutelle).
        Et ils ont décidés de continuer car ils avaient envie de voir, tester, de se frotter à l’espace, au public (c’était un projet qui nécessitait l’implication du public), au sujet ardu (les stèles funéraires romaines).
        Était-ce vain sans pérennité ? Non car en créant ce prototype ils ont joué à plein du bac à sable que leur donne Museomix, de ses libertés et de ses contraintes.
        Si promesse de Museomix il y a, elle n’est certes pas dans l’ingénierie culturelle, plutôt dans l’envie qu’existe, même pour seulement 3 jours, un musée que l’on fabrique ensemble.

        1. merci Julien pour cette précision.
          « se frotter aux publics », « bac à sable », « fabriquer ensemble » C’est en partie ce que recouvre ma conception de médiation culturelle. C’est assez proche de ce que l’on met en oeuvre dans des démarches Living Lab avec les collègues d’Inmediats : initialement la démarche à vocation à faire de l’innovation (social, techno, recherche, …) mais nous l’instrumentalisons pour en faire un objet de médiation culturelle potentiellement producteur d’innovations.
          F.

  2. Merci pour cet article qui donne envie. A propos du dispositif pérennisé dans les expos, cela n’a à mon sens jamais été une promesse de Museomix, même si on en retrouve plusieurs au musée de Fourvière, un à Grenoble, d’autres de ci de là. Par contre ce qui est intéressant c’est lorsque la pérennisation devient elle même un prolongement de Museomix dans le musée, obligeant les équipes en place à travailler autrement pour arriver à boucler un projet qui n’est pas né d’un cahier des charges et permettant aux équipes de museomixeurs d’aller au bout de leur idée. Dès lors, on est plus dans un format de mix, mais plutôt dans un temps plus long. Nous avons publié récemment un petit article sur ce sujet avec Yam, si ça vous intéresse http://erasme.org/Des-mix-et-des-labs .

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